mardi 19 janvier 2010

Se laisser vivre à Hanoï.

Après les visites et l'activité des jours passés, nous avons décidé de rester au calme et de profiter intensément de ce temps libre avec notre petit Théo.
Ces instants de jeu et de complicité qui semblent insignifiants mais qui sont des grands moments de bonheur du réveil le matin dans les bras de sa maman (et de son papa), lorsqu'il nous tend en grand ses bras avec un large sourire, temps du petit déjeuner où nous retrouvons nos compatriotes avec leurs enfants, celui de la célébre bouillie de chez Mme Loan dont notre Doudou se régale sans jamais en laisser "une miette" et dont on voit les effets bénéfiques à chaque photo.
Il est des choses que j'avais oubliées et que je redécouvre avec émerveillement par exemple lorsque je lui donne son repas, j'ai une serviette en papier dans la main gauche et Théo la prend toutes les 4 ou 5 cuillèrées pour s'essuyer la bouche puis il me la replace soigneusement dans la main, tout à l'heure, il a pris mon mouchoir pour essuyer son nez et l'a remis exactement où il se trouvait, je craque devant ces tout petits gestes si tendrement délicats.

C'est aussi le temps des activités calmes, des promenades qui nous font croiser parfois une star de la télévision vietnamienne TV1, certes elle a l'air un peu coincé la jolie mais pour les besoins du tournage elle doit certainement être "en train d'attendre son valeureux fiancé parti combattre l'envahisseur en partageant ses souffrances et son sacrifice"!




Nous avions réservé depuis plusieurs jours des places au théâtre de marionnettes sur l'eau de Thang Long, évidemment dans un pays où toutes les basses terres sont sous l'eau il est normal que l'art populaire dans toute l'Asie des marionnettes le soit aussi.
Nous avions choisi un horaire pour Théo, mais en arrivant il dormait dans la poussette, il s'est réveillé tranquillement sans un cri dans le fracas du concert de musique traditionnelle avec gongs, tambours, percussions, flutes et instruments à cordes. C'est pas du Beethoven mais c'est agréable à entendre.






Le spectacle est remarquable par la virtuosité des marionnettistes qui, dissimulés derrière le rideau, manipulent avec brio, grâce à des tiges de bambou, les personnages, l'eau n'étant pas uniquement un décor mais participant à l'action de toutes ces saynettes en relation avec la vie quotidienne, historique ou mythologique du pays.







Thèo, dés son réveil, n'a pas perdu un moment du spectacle appréciant les batailles de jets d'eau des dragons qui peuplaient cette région il y a longtemps (c'est bien connu).

Aujourd'hui nous sommes allés avec Jo, Tonio et leur petit Van Thien, vers le grand lac de l'ouest Hô Tây, le lac des amoureux. Sur l'isthme le séparant du lac de la soie Hô Trûc Bach, où étaient cloitrées les concubines déchues, se trouve un trés beau et vieux temple taoiste (datant de 1010) Quan Thanh, il est dédié à Trân Vo, le génie du nord, notre Théo n'a pas manqué de caresser le pied en bronze du génie, on ne sait jamais, mais cela peut toujours servir d'être en bon terme avec un génie.




Le sage à dit:

"La brise berce paresseusement les branches de bambous,
et le son de la cloche Tran Vu se mêle au chant des coqs marquant les veillées à Tho Xuong"


Comme nous approchons de la fête du Têt, les vietnamiens font des offrandes dans les temples et les pagodes et partout flotte une odeur d'encens, alors que les autels sont couverts de fruits, de vrais et de faux billets de banque et d'imitation de lingots d'or!









A proximité, la pagode Trân Quôc, est à elle seule le symbole d'Hanoî. La photographie est celle que font tous les touristes de passage, mais qu'importe on ne peut rejeter la beauté, le lieu exceptionnel, le cadre de ce grand lac grandiose.







Après avoir fait passer de vie à trépas puis dégusté, quelques gros crabes qui nous avaient accueillis de leurs pinces dans le vivier, (ce que Théo a aussi beaucoup apprécié avec la glace qui a suivi), nous nous sommes promenés dans le cadre somptueux de ce bord de lac où tout semble plus calme qu'ailleurs et où il doit faire bon vivre.


Sur les deux lacs, on peut pour le plaisir de la balade louer des pédalos qui valent vraiment le détour, plus kitsch tu meurs!




Message personnel: Si j'arrive a le passer en bagage accompagné vendredi prochain, je rapporte à Philippe une de ces merveilles pour qu'il puisse se promener sur sa piscine.





lundi 18 janvier 2010

Les Grottes de Tam Côc.

Plongée dans le décor du film Indochine, à une différence de taille, c'est encore beaucoup plus beau quand on est là bas, avec parfois de belles rencontres au coin de la petite rivière.




La rivière a taillé son lit dans des roches calcaires creusant des grottes incroyables, extrêmement basses, délimitant des espaces cernés de montagnes à pic, peuplés de chèvres, de canards, d'aigrettes blanches, de butors et de martin-pêcheurs aux fulgurances bleu métallique lorsqu'ils plongent.





Ces lieux ne furent pas de tout temps paisibles, les vietcongs y avaient des caches d'armes et un hôpital de campagne. Près de là, était établie l'ancienne capitale du pays, Hoa Lu, qui fût détruite lors d'un des innombrables conflits avec l'ennemi héréditaire, la Chine.

Quand on arrive là, on se demande comment on va pouvoir passer, la rivière semble fermée, on passe 127 mètres sous la montagne avec la roche effleurant notre tête dans le noir, c'est unique.


Le paysage est somptueux, la promenade en barque sublime, tout est d'une grande sérénité, d'un calme parfait, troublé seulement par les cris d'oiseaux et le bruit de l'eau courant doucement sous les rames.

D'immenses pains de sucre calcaires tombent à pic dans la rivière, les roches sont déchiquettées, taraudées, creusées à leurs bases, découvrant les formes les plus fantasques. Une végétation luxuriante recouvre tout ce qui peut l'être, seule les surfaces verticales sont nues sinon tout est occupé par de grands ficus tissant leurs racines partout éclatant la roche, de lianes, de fougères de toute taille la moindre fissure est occupée par du végétal.


Cette beauté résulte à la fois de l'immense force minérale et de la douceur apparente de l'eau qui tempère l'excès de puissance tellurique.









Les rizières inondées en cette saison se fondent avec la rivière qui prend alors des allures de mer intérieure où tout devient incertain fondu avec les brumes sur les sommets.
La riziculture est délicate en ces lieux, il est fréquent que les paysans perdent à cause des inondations l'une des deux récoltes ce qui peut se révéler catatrophique dans cette région assez pauvre où les bonnes terres sont rares.
Nous prendrons le soir, le thé chez un couple de paysans, qui nous expliqueront leurs difficultés, la seule ressource monétaire étant la vente de broderie faite le soir après les travaux des champs par les filles et les garçons de la maison, il est vrai qu'ils ne sont pas bien gros mais ils sont très beaux.






Notre petit est absolument adorable, il est gentil, curieux de tout, vif et intelligent, il dort bien, terminant sa nuit tout contre sa maman, mange tout ce que nous lui proposons avec beaucoup de plaisir et accepte sans rechigner les conditions de vie que nous lui imposons, les horaires variables, les moyens de transport les plus divers, les chambres d'hôtel au confort incertain.
Il devient extrêmement affectueux, pratiquement toujours souriant et cherchant nos bras à tous les deux, comme il est devenu confiant, il accepte de regarder et d'être porté par d'autres que nous, ses progrès relationnels sont impressionnants, nous sommes trés loin du petit animal effarouché des premiers jours.
Ce n'est pas pour autant un gamin ramolli, il est capable de colère lorsqu'il n'obtient pas ce qu'il veut et tape même du pied par terre, mais cela ne dure jamais plus de quelques minutes, il revient alors dans nos bras. Il est vrai que Sylvie a commencé l'éducation de notre Théo et qu'il n'est pas question de le laisser tout faire!


Nous voulions pour la photo, le faire assoir sur une statue de cheval en marbre, mais il n'a pas accepté de monter, tant pis.



Visite du site de l'ancienne capitale du Vietnam Hoa Lu que ses rois quittèrent pour fonder Hanoï il ya 1000 ans cette année, de ses palais, il ne reste rien mais à l'emplacement, deux vieux temples subsistent, celui de Dinh Tiên Hoàng et de Lê Dai Hành, l'architecture est superbe d'élégance, les rois avaient bon goût pour choisir le site de leur capitale, en bordure des rizières et au pied de montagnes aux formes pleines d'harmonie. On se plait à imaginer une cour parée de soieries multicolores où devait fleurir l'art raffiné de la poésie.



Les travaux d'aménagement que les vietnamiens ont commencés, risquent fort de dénaturer à nos yeux complètement ce site, il est vrai que nos goûts et nos conceptions du tourisme sont diamétralement opposés aux leurs, ils remblaient les rizières pour aménager des parking géants pour des flots d'autocars et paradoxe, les paysans se plaignent du manque de terres cultivables!





Pour terminer la journée calmement, une promenade en bateau à travers les rizières qui, en cet endroit, commencent à être plantées, en direction d'un village de pècheurs Kênh Gà qui faute de poissons se sont reconvertis dans le transport fluvial des pierres à bâtir.

Dans ce village environ 1500 habitants vivent dans des maisons flottantes, ils sont tous catholiques et nous assistons dans leur superbe église à la messe dominicale, pleine de bonhommie, de décontraction et de recueillement, accompagnée d'une chorale d'enfants exécutant de très beaux chants religieux auxquels participe toute la communauté, il se dégage de cette cérémonie une atmosphère de foi vivante extrêmement émouvante.


On ne peut échapper au cliché facile, les rizières avec les montagnes au fond, cela marche à tous les coups, c'est normal c'est tellement beau et c'est le Vietnam qui semble éternel.




vendredi 15 janvier 2010

Notre bébé d'Along

Oh! Que c'est beau!
Voilà ce que l'on peut dire, tous les mots, toutes les images sont superflus, rien ne peut rendre l'extraordinaire magie des lieux, c'est tout simplement magique, féerique, incroyable.


Vinh Ha Long, baie de la descente du dragon, c'est 2000 iles et ilots répartis sur 1500 km2. Nous avons embarqué sur une jonque chinoise pour approcher ce lieu des merveilles où les blocs de calcaire tombent dans la mer dans une harmonie parfaite des formes et des couleurs, fruit des forces telluriques et du calme indomptable de la mer.

Lorsque la nuit tombe lentement, les détails des ilots s'estompent dans l'obscurité qui arrive, devenant des masses sombres qui nous ensèrrent, au loin les horizons bleuissent éternellement.

La jonque sillonne silencieusement ces formes stupéfiantes, tout est harmonie des formes et des nuances de gris sur une mer de mercure, les ilots les plus proches sont plus sombres les plus lointains, gris clair, se perdent dans le ciel et la mer, nous sommes plongés dans l'espace du rêve.




Parfois devant nous émergeant de la brume, une barre continue comme un monstrueux iceberg, les montagnes envahissent l'espace, la mer se rétrécit, la route semble fermée, au prés l'ensemble se révèle être constitué de centaines d'ilots minuscules aux parois verticales s'abimant dans la mer, la jonque se faufille lentement et sans bruit.




Et le petit Théo dans tout ça? Il a supporté les 5 heures de route dans le minibus, le brouhaha de l'embarquement, le dépaysement d'une cabine de bateau, les repas à bord, les visites des villages de pècheurs et des grottes avec calme et gentillesse en riant de tout et comme toujours en multipliant les découvertes gustatives, l'image incarnée du bonheur.
Sur le chemin du retour, notre guide Tu Chinh a prévu plusieurs arrêts pour visiter une église (nous sommes même reçus chez un couple de paysans qui nous offrent de l'alcool de riz), pour voir les travaux des champs, les pommes de terre qui en hiver poussent dans les rizières, les jeunes plants de riz qui repiqués assureront la prochaine récolte dès que la chaleur reviendra.




Dans les rizières, les paysans s'affèrent à remettre en état les canaux d'irrigation, à desherber et à consolider les digues, à préparer la terre en la retournant avec une araire tirée par un buffle, pour recevoir les jeunes pousses de riz.




Cette image est très loin de l'agitation frénétique de la ville d'Hanoï, mais nous aurons avant de revenir en France un dernier bain de "Zénitude" car nous partons demain (pour deux jours) pour Ninh Binh visiter l'équivalent terrestre de la baie d'Along. Le blog restera donc une nouvelle fois silencieux.
Nos rêves sont plus doux, notre vie plus calme, notre petit Théo nous donne l'image parfaite de l'enfant heureux que nous souhaitons du fond du coeur qu'il soit.


lundi 11 janvier 2010

Promenade en vieille ville

De la journée, on pourrait penser qu'il ne s'est rien passé si ce n'est le plus important, cette merveilleuse adaptation de Théo à ses parents et réciproquement.

En nous réveillant ce matin , nous l'avons trouvé profondément endormi entre nous deux la tête sur l'oreiller de Sylvie, il s'était glissé là durant la nuit. Il aime à se réveiller tranquillement en se collant contre sa mère et en faisant des câlins, il s'est métamorphosé en quelques jours.
Maintenant tout est prétexte à jouer, le bain, l'habillage même le changement de couches se poursuit en roulades et cabrioles sur le lit, dans d'immenses éclats de rire.





L'invention du jour c'est le hockey en chambre avec un pot en plastique vide et en guise de crosse, un ceintre, ça c'est du délire, il adore et son père aussi. Le plus drôle c'est l'imitation au bout de quelques minutes il tenait son ceintre comme moi et tapotait l'extrémité sur le sol comme je le faisais sans m'en rendre compte.





Nous avions prévu d'assister au spectacle de marionnettes sur l'eau, la séance étant complète nous nous sommes promenés dans la vieille ville d'Hanoï, il serait plus exact de dire que nous nous y sommes perdus dans ce dédale, assistant à des mariages et des enterrements au long des rues bondées où boutiques et circulation empiètent sur les trottoires et Sylvie mène la poussette avec maestria dans la cohue.







Partout alternent sans transition, misère et opulence, laideur et beauté dans ces lieux qui sont si poussiéreux, si sales où l'on voit sans arrêt des femmes qui balayent devant leur porte et qui nettoient à grande eau.






Rue Hang Quat, sont rassemblés les artisans qui font des tampons encreur, nous en avons fait faire un au nom de Théo pour son futur courrier et pour ses faire-part.




Notre thé de cinq heures, nous l'avons pris en terrasse au bord du lac Hoàm Kièm, face au temple Ngoc San, Théo en a profité pour goûter à un fruit qu'il ne connaissait pas encore, la banane, nous lui avons offert quelques fruits adaptés à sa taille (5cm).




De retour chez Madame Loan, Sylvie est allée faire une consultation auprès des familles qui ont reçu leurs enfants hier, plus pour conseiller et rassurer que pour soigner, les enfants sont tous en bonne santé. En attendant son retour, Théo et moi avons fait une partie de hockey sur carrelage d'enfer!


Ce soir nous nous coucherons tôt, demain de bon matin départ pour la baie d'Along, en espérant que la météo sera clémente. Pendant notre séjour là-bas, le blog sera muet, l'ordinateur ne sera pas du voyage.






dimanche 10 janvier 2010

Rencontre avec Monsieur Bao.

Emoi ce matin à la pension de Mme Loan, quatre couples de français arrivent, trois repartent immédiatement avec Tu Chinh pour les remises officielles à Viet Tri, un couple de Mulhouse (Alain et Christine) reste avec nous, l'enfant leur sera remis jeudi.
Encore sous le coup de la fatigue du voyage et de l'émotion d'avoir vu pour la première fois une photo de leur fille, Nadine présente la pension, Sylvie et moi les guidons pour leurs premiers pas dans le quartier et vers l'indispensable "supermarché" local.
Nous avons rendez-vous avec Monsieur Bao à 17 heures et décidons de rester dans le quartier pour ne pas risquer d'être en retard, la suite nous prouvera que nous avions raison.

La journée est belle, douce et ensoleillée nous partons vers le lac Xà Dàn.




L'activité économique réduite, tout nous semble étrangement "silencieux" ce dimanche, l'atmosphére est au calme et à la détente partout, nous profitons de ces instants pour flâner autour du lac regardant, admirant le spectacle offert des lieux et des gens dont Théo ne perd pas une miette.




Maintenant que Théo accepte sans rechigner la poussette, quel confort pour Sylvie qui se cassait les reins à le porter, nos promenades s'agrandissent.
Nous nous sommes assis à la trés agréable terrasse d'un restaurant, la carte n'est qu'en vietnamien, c'est au hasard qu'il convient d'attribuer l'excellent repas de calmars frits et de porc en sauce sucrée-salée que nous avons mangé avec des baguettes bien entendu (Sylvie et devenue une experte!)




Lors de la remise officielle, nous avons promis que Théo ne serait pas coupé de ses racines d'origine, nous avons donc commencé l'apprentissage du maniement des baguettes, ce qui nous a valu des rires, les plus beaux qu'il nous ait octroyés depuis que nous sommes ensemble.









Par contre pour manger le petit pot de fruit, on n'a rien fait de mieux que la petite cuillière, surtout quand la bouche est si grande ouverte. Dans ces moment là, il me fait penser à un oisillon dans un nid quand appoche sa mère.













Notre bambin est resté dans sa poussette très calmement observant tout ce qui l'entoure et les passants, il nous semble particulièrement vif et curieux et nous n'éprouvons plus aucune inquiètude sur son développement intellectuel, ni affectif d'ailleurs.
Il est de plus en plus joueur, espiègle, malin et plein d'humour, dans notre chambre il nous parle et grande nouveauté il dit Papa et Maman pour ne pas qu'il y ait de jaloux (il est en plus diplomate, entre autre qualité: peut-être que j'exagère un peu ou que je suis complètement subjugué par ce petit bout de chou!).
Il s'installe une complicité de plus en plus grande avec ce petit bonhomme plein de mimiques, il comprend très vite et imite. Par contre à la pension de Mme Loan lors des repas communs, il fait l'indifférent et reste silencieux dans les bras de Sylvie, "dédaignant" les invites de la fille de Nadine qui vient le taquiner.
Monsieur Bao est venu nous rendre visite en fin d'après-midi, c'est un tout petit monsieur de 90 ans coiffé d'un béret, aux traits à peine marqués et aux yeux pleins de vitalité, nous lui avons remis la lettre de Monsieur Spéroni et un petit cadeau (l'amanach Vermot 2010!).
Aprés quelques minutes de conversation il nous a demandé un papier pour dessiner Théo et en quelques instants nous a fait un très joli croquis de notre bambin qui est resté très calme, presque respectueux dans les bras de sa maman malgré la fatigue de la journée.
Monsieur Bao est un ancien chirurgien militaire directeur des hôpitaux d'Hanoî, c'est à coup sûr une personnalité hors du commun s'exprimant dans un français parfait avec juste ce petit accent et le débit de paroles qui signent sa langue d'origine.
Il nous a proposé de nous "vietnamiser" et nous a parlé bien sûr de toute sa jeunesse qui s'est consummée dans la guerre, de l'expérience quatre fois répetée de réchapper au tapis de bombes larguées par les B52, mais aussi de la situation actuelle du Vietnam, il nous semble demeurer socialiste "utopiste" malgré le passage au capitalisme désordonné qui marque l'évolution de son pays et pour lui le marxisme demeure un "outil". Nous tâcherons d'en savoir un peu plus sur cette notion lors de notre prochaine rencontre.
D'après lui, les vietnamiens sont contents de voir que nous adoptons les orphelins pour les rendre heureux car ils savent combien leur vie à l'orphelinat est difficile et sans espoir d'avenir. Il a ajouté que cela "renforce l'amitié entre les peuples". Cette question nous taraudait depuis des jours malgré les sourires de nos rencontres.
Sylvie tient absolument à prouver que je suis bien là, en voilà la preuve même si la photo n'est pas terrible.
"Ce soir avant de s'endormir, Théo joue avec le petit Doudou, il prend la tête entre ses deux mains et lui parle, mais lorsque j'appelle Bruno pour lui montrer, il arrête immédiatement comme par pudeur", c'est trés amusant de le voir comme cela. Le soir au changement de couche il fait maintenant des roulades s'abandonnant complètement dans les bras de sa maman..
Nous pensons que Théo nous a adopté pour notre plus grand bonheur à tous.





samedi 9 janvier 2010

Bat Trang, le village de la poterie

Réveil à 7 h ce matin, car nous partons tôt au sud-est d'Hanoï visiter un village d'artisans potiers.
Nous traversons des banlieues fébriles traversées par une circulation débridée de voitures, de camions au milieu d'un flot incesant et tourbillonnant de scooters.
Des anciennes corporations, les vietnamiens ont conservé la coutume de regrouper les activités commerciales dans certaines rues, celle aux ferrailles nous est habituelle, nous empruntons aujourd'hui celle du matériel électrique et celle de la plomberie.

En périphérie la route s'éléve progressivement laissant en contre-bas les dédales de ruelles étroites, nous sommes sur l'une des nombreuses digues qui protègent Hanoï, quelques grues, des hangars, c'est le port sur le Fleuve Rouge que nous traversons sur le nouveau pont qui vient d'être inauguré et qui mesure plus de 20 km de long.


Les quais sont surprenants, surplombant les bateaux de 20 m par rapport au niveau du fleuve mais nous sommes à l'étiage pendant une période de sécheresse. Chaque année le fleuve monte très haut menaçant la ville qui est inondée tous les 2 ou 3 ans, bien qu'elle soit construite sur une hauteur dans un méandre du fleuve. L'autre rive est plate sablonneuse sans habitation permettant au fleuve de s'étendre sur des dizaines de kms en période de hautes eaux et de typhons ( ceci explique la longueur du pont).

A l'autre extrémité une petite ville, défendue elle aussi des colères du fleuve par une digue où zig-zag une route défoncée et étroite sur laquelle veille dans des baraques jaunes les gardiens des digues. Sur la droite, dans la zone abandonnée aux eaux du fleuve, des prairies où paissent des buffles, de l'autre coté bien abritées, des cultures vivrières, des bananes, du maïs, des goyaves.
Nous pensions que la poussière était l'apanage d'Hanoï mais à la campagne, les habitations, les plantes sont recouvertes elles aussi de cette poussière gris-rougeâtre déposée par le vent et apportée par le fleuve (1,5 kg de terre par M3 d'eau dans le fleuve) d'où son nom de fleuve rouge.

Arrivée à Bat Trang, Sylvie retente l'expérience de la poussette à bébé avec Théo, cette fois ci avec succès, la visite sera moins fatiguante pour elle malgré quelques escaliers difficiles dans les ateliers.
Notre Théo change et progresse à pas de géant, il est maintenant souriant, malicieux et joueur presque tout le temps, il s'adapte à toutes les situations sans jamais pleurer ni se plaindre. A table c'est à peine croyable, il goûte à tout, les découvertes du jour le maïs, les travers de porc, et le tofu tout lui semble bon, il digère tout et prend un réel plaisir à essayer les goûts nouveaux.
Il s'endort paisiblement quand il est fatigué dans la poussette au milieu du brouhaha de la circulation, il dort dans le minibus et se réveille de bonne humeur.




Nous sommes aux anges, jamais nous n'avions osé espérer en rêve que notre petit Théo puisse se comporter pareillement, aussi gentillement avec nous et être aussi intéressant malgré son jeune âge, quel bonheur de pouvoir le guider dans la vie.

La rue principale de Bat Trang est bordée d'échoppes vendant de la poterie de toutes les formes et de toutes les couleurs surtout criardes principalement pour le marché vietnamien quelques produits sont destinés à l'exportation la poterie blanche pour la France, rouge pour l'Espagne. Partout des images de Chimères et des génies domestiques la Prospérité, la longévité, le Bonheur avec leurs attributs respectifs des lingots d'or, une barbe blanche et un enfant, des vases décoratifs bleus, immenses parfois transportés par 4 sur une moto!



La plupart de ces pièces ne correspondent pas à nos goûts, mais l'étonnement de la visite provient des ateliers de fabrication. Dans des arrières cours, parfois sur plusieurs niveaux, nous rencontrons les artisans qui fabriquent et décorent à la main les poteries, nous sommes époustouflés par la dextérité exceptionnelle des peintres qui en quelques coups de pinceaux traduisent toute la présence et l'élégance de bambou sur un bol et sont capables de reproduire leurs gestes à l'identique 200 fois par jour!















A midi nous nous sommes régalés d'un repas vietnamien traditionnel avec les baguettes et la bière (uniquement pour Sylvie).


Quelques arrêts pour visiter des belles pagodes, des temples et des maisons du peuple (souvent le parti communiste investi par sa présence les lieux de culte) pour, sur le chemin de retour terminer en beauté et en sérénité une bien belle journée ou malgré une météo clémente mais un ciel gris nous avons pu découvrir plein de choses au travers des yeux émerveillés de Théo.



vendredi 8 janvier 2010

Premiers pas de Théo sur le sol français.

Jounée marquante pour notre petit Théo, plusieurs étapes importantes permettant son arrivée en France ont été franchies aujourd'hui:

Tout d'abord la réception rue Tran Hung Dao des documents administratifs vietnamiens traduits en français, ils nous permettent enfin d'en savoir un peu plus sur la vie de Théo.
Il a été trouvé le 29 avril 2008 à 21h20 dans la commune de Vinh Phu de la province de Phu Tho sous une véranda par M. Bui Xuan Hoa, à ses cotés un biberon de lait était prêt, ultime attention d'une mère en détresse et dernier viatique qu'elle pouvait lui offrir, mais aucun papier permettant de l'identifier. Quelques détails vestimentaires sont signalés dont la présence d'un petit bonnet rose bordé de rouge le coiffant. Le cordon ombilical étant détaché, l'enfant avait quelques jours lors de sa découverte.
Il est probable que nous n'en saurons jamais plus sur ses parents biologiques.
Nous nous sommes présentés à la convocation des services d'immigration du ministère de l'Intérieur rue Hang Bai pour recevoir à 15 heures, au guichet 6, le passeport vietnamien de Tran Hung, cette étape que je redoutais le plus s'est facilement déroulée, les fonctionnaires en uniforme de l'armée étaient sympathiques et surtout les dossiers étaient bien préparés par Destinées.
La troisième étape passait par la case Vietnam Airlines rue Quang Trung où nous avons réservé une nacelle pour faire dormir Théo durant le vol de retour le 22 janvier prochain.
La dernière étape à l'Ambassade de France où Théo a pénétré en temps que citoyen vietnamien foulant pour la première fois le territoire français. Nous avons déposé la demande de visa de longue, très longue durée pour la France. Accueil agréable, chaleureux et d'une extrême compétence de la responsable que nous avions déjà vu la veille.
Pour terminer une journée aussi marquante nous avons fait notre petit tour du lac Hoan Kiêm, avec les derniers rayons de soleil du jour, longé le temple Ngoc Son (Montagne de jade) relié à la terre ferme par une porte donnant sur cet admirable pont en bois rouge (Pont du soleil levant).
Le temple date du XVème siècle on y célèbre Tran Hung Dao le vainqueur des mongols, le génie des lettres Van Xuong et le précurseur de la médecine Lâ To, la symbolique des lieux nous fait comme un signe parfois. La vie contient parfois des situations bien plus romanesques que bien des romans.







Dans la vieille ville au nord du lac nous avons arpenté les rues commerçantes de Cau Go et Huu Huan bordées de marchands de chaussures pour essayer de trouver une paire de sandalette que Théo puisse enfiler malgré son petit orteil surnuméraire, mais les chaussures qui pourraient aller sont trop grandes et celles à sa taille ne conviennent pas du tout. Par malchance, après avoir essayé un pied droit qui semblait convenir, la vendeuse n'a pas été capable de retrouver la chaussure gauche dans le désordre de sa boutique!
A mi chemin de notre séjour au Vietnam, nous sommes parfois pris par le charme de cette ville mais cette magie n'opère que peu de temps car les conditions de vie sont difficiles surtout avec un enfant et nous rêvons du calme de notre pays. Je sais bien qu'il ne faut pas que nous soyons comme tant de touristes; qui par paresse ou sentiment résigné de l'obligation que crée le fait d'être un occidental de rester attaché à un certain rivage s'abstiennent des plaisirs que la réalité du pays nous propose. Ce soir nous dinons donc dans notre quartier, dans la rue à cotè du marché tout prêt des étalages de chiens laqués, nous nous sommes installés sur de minuscules tabourets en plastique à 30 cm du sol pour déguster un excellent canard grillé.
Depuis deux jours nous constatons que notre petit bonhomme est de plus en plus à l'aise, il est beaucoup plus souriant et devient même espiègle et chahuteur en privé tout en sachant parfaitement se tenir tranquille lorsque cela est nécessaire - comme par exemple durant toutes les démarches administratives de la journée - certes, il reste scotché à sa mère mais accepte le regard des autres et parfois même le contact physique, on le sent attiré par les deux autres enfants mais il n'ose pas encore aller jouer avec eux, cela viendra c'est sûr.
Depuis que nous vivons ensemble, en quelques jours nous sommes passé d'un bébé qui ne souriait jamais, à un petit Théo rayonnant avec de grands éclats de malice dans les yeux, nous allons dans le bon chemin (la voie du Tao).